23

Refroidissement Liquide en Datacenter : Avantages pour Serveurs Haute Densité et GPU

Le refroidissement liquide s’impose comme une solution incontournable pour les datacenters hébergeant des serveurs haute densité et des infrastructures GPU.…

Le refroidissement liquide s’impose comme une solution incontournable pour les datacenters hébergeant des serveurs haute densité et des infrastructures GPU. Selon les études récentes, 46% du marché mondial du refroidissement datacenter utilisait déjà des technologies liquides en 2024 [1], une adoption massive portée par l’essor de l’intelligence artificielle et des charges de calcul intensives. Cette technologie dissipe la chaleur jusqu’à 1000 fois plus efficacement que l’air [2], permettant de gérer des racks atteignant 132 kW, voire 240 kW pour les prochaines générations de serveurs GPU.

« Le refroidissement par air n’est tout simplement plus suffisant avec des consommations de 400 watts pour les CPU et de 700 watts pour les GPU. Le refroidissement liquide devient une nécessité pour maintenir la stabilité et l’efficacité des infrastructures AI. »

Qu’est-ce que le refroidissement liquide en datacenter ?

Le refroidissement liquide désigne l’ensemble des technologies utilisant un fluide (eau, liquide diélectrique) pour évacuer la chaleur générée par les équipements IT. Contrairement au refroidissement par air traditionnel, le liquide circule directement au contact ou à proximité immédiate des composants critiques (processeurs, GPU, mémoire).

Il existe trois principales méthodes :

  • Direct-to-chip (DLC) : le liquide circule via des microcanaux intégrés aux puces, capturant 60 à 80% de la chaleur émise
  • Refroidissement par immersion : les serveurs sont plongés intégralement dans un bain de liquide diélectrique non conducteur
  • Refroidissement en boucle fermée : un circuit d’eau chaude (jusqu’à 45-55°C) permet de récupérer et valoriser la chaleur produite

Ces technologies répondent aux limites physiques du refroidissement par air, incapable de gérer des densités supérieures à 15-20 kW par rack.

Pourquoi le refroidissement liquide est essentiel pour les serveurs haute densité

La montée en puissance des infrastructures GPU

Les serveurs équipés de GPU NVIDIA (H100, Blackwell, GB200) consomment individuellement 700W par carte graphique [3]. Un rack standard de 8 GPU avec 2 CPU nécessite à lui seul 7 kW de capacité de refroidissement [4]. Les configurations d’IA les plus récentes atteignent même 132 à 240 kW par rack [5], soit l’équivalent thermique de 10 à 25 fours domestiques fonctionnant simultanément [6].

Le refroidissement par air traditionnel atteint ses limites techniques entre 15 et 20 kW par rack. Au-delà, les flux d’air nécessaires deviennent impossibles à maintenir sans surchauffe localisée, compromettant la fiabilité des équipements.

Les contraintes thermiques des charges AI et HPC

Les workloads d’intelligence artificielle (entraînement de modèles, inférence) et de calcul haute performance (HPC) génèrent une chaleur constante et concentrée. Les GPU doivent fonctionner idéalement sous 70°C (158°F) pour maintenir leurs performances optimales [7]. Avec le refroidissement par air, les températures peuvent grimper jusqu’à 85°C (185°F), réduisant la durée de vie du matériel et augmentant les risques de throttling thermique.

Le refroidissement liquide maintient les GPU entre 60 et 70°C (140-158°F) même sous charge maximale, garantissant stabilité et longévité du matériel [7].

Avantages du refroidissement liquide pour serveurs haute densité et GPU

Efficacité énergétique et réduction du PUE

Le refroidissement liquide réduit drastiquement la consommation énergétique dédiée au refroidissement, qui représente traditionnellement 30 à 40% de la facture totale d’un datacenter. Les gains observés sont significatifs :

  • Réduction de 13,5 à 25% de la consommation électrique totale comparé aux systèmes air [8]
  • PUE (Power Usage Effectiveness) inférieur à 1,2, contre 1,5 à 1,8 pour les datacenters refroidis à l’air [9]
  • Économies d’énergie de refroidissement de 45 à 90% selon la technologie employée [2]

Ces gains s’expliquent par la suppression ou la réduction drastique des systèmes de ventilation gourmands en électricité (ventilateurs, CRACs, chillers).

« Les solutions de refroidissement Direct-to-Chip et par immersion promettent jusqu’à 20% d’économies d’énergie sur un datacenter moderne et ne nécessitent pas de réagencement majeur de l’infrastructure existante. »

Gestion de densités extrêmes

Le refroidissement liquide permet de supporter des densités de puissance impossibles à gérer avec l’air :

Type de refroidissement Densité max par rack Température liquide Efficacité captation chaleur
Air traditionnel 15-20 kW N/A 100% via flux d’air
Direct-to-chip 80-140 kW 45-55°C 60-80% via liquide
Immersion totale 140-240 kW 40-50°C 95-100% via liquide

Cette capacité est critique pour les infrastructures d’IA de nouvelle génération. Les racks NVIDIA DGX SuperPOD ou Blackwell Ultra nécessitent déjà 132 kW et les prochaines plateformes dépasseront 200 kW [10].

Réduction de la consommation d’eau

Paradoxalement, le refroidissement liquide en circuit fermé consomme moins d’eau que les systèmes de refroidissement par air avec tours de refroidissement évaporatives. Cologix a démontré un WUE (Water Usage Effectiveness) de 0,203 contre une moyenne industrielle de 1,8 [11].

Les systèmes en boucle fermée éliminent l’évaporation continue nécessaire aux tours de refroidissement traditionnelles, réduisant la consommation de 30 à 50% [12].

Valorisation de la chaleur (heat recovery)

Le refroidissement liquide produit de l’eau à température élevée (45-55°C), directement valorisable pour :

  • Le chauffage urbain via réseaux de chaleur
  • Le préchauffage de process industriels
  • Les applications tertiaires (bureaux, logements)

Cette récupération transforme la « chaleur fatale » en ressource, améliorant le bilan carbone global du datacenter et créant de nouvelles sources de revenus.

Réduction du bruit et amélioration de l’environnement de travail

Les systèmes de refroidissement liquide, particulièrement l’immersion, éliminent quasi totalement les ventilateurs. Le niveau sonore passe de 70-80 dB (refroidissement air) à moins de 50 dB (immersion), créant des environnements de travail plus confortables et réduisant les nuisances sonores [13].

Augmentation de la durée de vie du matériel

L’uniformité thermique offerte par le refroidissement liquide réduit les stress thermiques et les cycles de dilatation/contraction des composants. Les études montrent une augmentation de 20% de la durée de vie du matériel informatique [14], réduisant les coûts de remplacement et améliorant le TCO (coût total de possession).

Comparaison des technologies de refroidissement liquide

Direct-to-chip cooling (DLC)

Cette technologie fait circuler un liquide (généralement de l’eau) via des plaques de refroidissement (cold plates) fixées directement sur les processeurs et GPU.

Avantages :

  • Capture 60 à 80% de la chaleur émise par les composants les plus chauds
  • Compatible avec les infrastructures rack existantes moyennant des adaptations
  • Maintenance facilitée avec possibilité de déconnexion par module
  • Investissement initial modéré comparé à l’immersion

Inconvénients :

  • Nécessite des serveurs spécifiquement conçus ou modifiés
  • Ne refroidit pas l’intégralité des composants (mémoire, stockage)
  • Risque de fuites nécessitant des systèmes de détection

Cas d’usage idéaux : Datacenters colocation existants voulant augmenter progressivement leur densité, déploiements hybrides air/liquide, infrastructures GPU haute densité.

Refroidissement par immersion

Les serveurs sont immergés dans des bacs contenant un liquide diélectrique (non conducteur) qui absorbe directement la chaleur de tous les composants.

Deux variantes principales :

  • Immersion monophasée : le liquide reste à l’état liquide, circule et est refroidi par un échangeur thermique
  • Immersion biphasée : le liquide s’évapore au contact des composants chauds, la vapeur condense et retombe en circuit fermé

Avantages :

  • Efficacité thermique maximale (1500 fois supérieure à l’air)
  • Économies d’énergie de refroidissement jusqu’à 90%
  • Réduction de l’espace au sol jusqu’à 40%
  • Silence total (aucun ventilateur)
  • Durée de vie matériel augmentée de 20%

Inconvénients :

  • Investissement initial élevé (cuves, fluides diélectriques)
  • Nécessite une refonte complète de l’architecture datacenter
  • Maintenance nécessitant des compétences spécialisées
  • Coût des fluides diélectriques (21,4% des préoccupations dans les sondages) [15]

Cas d’usage idéaux : Nouveaux datacenters IA, infrastructures HPC, environnements nécessitant la densité maximale, contextes où le bruit doit être minimisé.

Refroidissement hybride

Combinaison air/liquide où le liquide refroidit les composants critiques (CPU, GPU) et l’air gère les composants secondaires.

Avantages :

  • Optimise le coût d’investissement
  • Permet une transition progressive depuis l’air
  • Flexibilité selon les charges de travail

Cas d’usage idéaux : Datacenters en transition, environnements mixtes (serveurs traditionnels + GPU), contraintes budgétaires.

Mise en œuvre du refroidissement liquide : critères de décision

Évaluation de la densité actuelle et projetée

Avant d’investir dans le refroidissement liquide, évaluez :

  • Densité actuelle : Si vos racks dépassent 15-20 kW, le refroidissement liquide est déjà pertinent
  • Évolution prévue : Planification des déploiements GPU, expansion IA, nouveaux workloads HPC
  • Contraintes spatiales : Le liquide permet de doubler voire tripler la densité dans l’espace existant

Analyse du TCO (Total Cost of Ownership)

Le refroidissement liquide présente un coût initial supérieur mais un TCO attractif :

  • Investissement initial : +30 à 50% pour direct-to-chip, +50 à 100% pour immersion
  • Économies opérationnelles : -20 à 45% sur la facture énergétique annuelle
  • Retour sur investissement : 12 à 36 mois selon la configuration [16]

Infrastructure et contraintes techniques

Points d’attention :

  • Disponibilité d’une source d’eau ou capacité à installer des circuits fermés
  • Résistance des planchers pour les cuves d’immersion (poids supplémentaire)
  • Systèmes de détection de fuites et de sécurité
  • Compatibilité avec les équipements existants

Compétences et maintenance

Le refroidissement liquide nécessite des compétences spécifiques en :

  • Gestion des circuits hydrauliques
  • Maintenance préventive des pompes, échangeurs, vannes
  • Surveillance des paramètres thermiques et hydrauliques
  • Manipulation des fluides diélectriques (immersion)

Prévoyez formation des équipes ou externalisation de la maintenance.

Tendances et évolution du marché

Le marché mondial du refroidissement liquide datacenter était valorisé à 5,4 milliards de dollars en 2024 et devrait atteindre 17,7 à 48,4 milliards de dollars d’ici 2030-2034, avec un CAGR (taux de croissance annuel) de 23 à 52% [17].

Moteurs de croissance :

  • Explosion des besoins IA et machine learning (calculs GPU intensifs)
  • Pression réglementaire sur l’efficacité énergétique des datacenters
  • Hausse continue des coûts de l’électricité
  • Objectifs de neutralité carbone des hyperscalers et entreprises

Adoption prévue :

  • 38% des datacenters prévoient de déployer du refroidissement liquide d’ici 2026 (contre 20% en 2024) [18]
  • 68% du marché liquide est dominé par le direct-to-chip en 2024, l’immersion représentant 17% [19]

« Plus d’un tiers des centres de données prévoient de déployer un refroidissement liquide d’ici 2026. Les dépenses consacrées aux technologies de refroidissement devraient passer de 12,7 milliards de dollars en 2023 à 29,6 milliards de dollars. »

FAQ : Questions fréquentes sur le refroidissement liquide en datacenter

Le refroidissement liquide est-il adapté aux petits datacenters ?

Oui, particulièrement le direct-to-chip qui s’intègre progressivement dans les infrastructures existantes. Pour les petits datacenters avec quelques racks GPU haute densité, le DLC offre le meilleur ratio coût/bénéfice. L’immersion reste plus adaptée aux nouveaux datacenters ou extensions majeures avec au moins 50-100 kW de charge GPU.

Quels sont les risques de fuite et comment les gérer ?

Les systèmes modernes intègrent des connecteurs à déconnexion rapide sans fuite, des capteurs de détection d’humidité, et des systèmes d’arrêt automatique. Les fluides diélectriques utilisés en immersion sont non conducteurs, éliminant tout risque de court-circuit. Le taux de fuite constaté est inférieur à 0,1% avec une maintenance appropriée.

Peut-on combiner refroidissement liquide et air dans un même datacenter ?

Absolument. L’approche hybride est même recommandée pour une transition progressive. Les racks GPU haute densité utilisent le refroidissement liquide tandis que les serveurs traditionnels conservent le refroidissement par air, optimisant ainsi l’investissement et permettant une évolution par phases.

Quelle est la consommation énergétique des pompes de circulation ?

Les pompes de circulation liquide consomment typiquement moins de 5% de l’énergie économisée sur les systèmes de ventilation. Par exemple, une pompe consommant 500W peut remplacer 8-10 kW de ventilateurs et climatisation. Le bilan énergétique global reste très favorable au liquide avec 20 à 45% d’économies nettes.

Le refroidissement liquide nécessite-t-il plus d’eau que les systèmes traditionnels ?

Non, c’est l’inverse. Les systèmes en circuit fermé (direct-to-chip, immersion) consomment jusqu’à 50% moins d’eau que les tours de refroidissement évaporatives des systèmes air. Le WUE (Water Usage Effectiveness) peut descendre sous 0,3 contre 1,8 en moyenne pour le refroidissement traditionnel, car il n’y a pas d’évaporation continue.

Conclusion

Le refroidissement liquide représente bien plus qu’une évolution technique : c’est une nécessité stratégique pour les datacenters hébergeant des serveurs haute densité et GPU. Avec des économies d’énergie de 20 à 45%, une capacité à gérer des densités jusqu’à 240 kW par rack, et une réduction significative de l’empreinte environnementale, cette technologie s’impose comme le standard pour les infrastructures d’IA et de calcul intensif. Quelle stratégie de refroidissement votre datacenter adopte-t-il face à la montée en puissance des charges GPU ?

refroidissement liquide datacenter, serveurs haute densité, refroidissement GPU, direct-to-chip cooling, immersion cooling, efficacité énergétique datacenter, PUE datacenter

Sources et références

  1. Tom’s Hardware – The data center cooling state of play (2025) (tomshardware.com)
  2. Gimelec – Refroidissement liquide des data centers (gimelec.fr)
  3. Le Monde Informatique – Refroidissement liquide des datacenters : les conseils de Schneider Electric (lemondeinformatique.fr)
  4. Supermicro – White Paper Liquid Cooling Solutions (supermicro.com)
  5. Schneider Electric – Why liquid cooling for AI data centers is harder than it looks (blog.se.com)
  6. CoreWeave – Why You Need Liquid Cooling for AI Performance at Scale (coreweave.com)
  7. ServerMania – GPU Temperature Range Guide (servermania.com)
  8. Data Center Knowledge – Direct-to-Chip Liquid Cooling (datacenterknowledge.com)
  9. Data4Group – Le liquid cooling dans les data centers (data4group.com)
  10. CoreSite – Liquid Cooling Steps Up for High-Density Racks (coresite.com)
  11. Cologix – Liquid Cooling for Data Centers (cologix.com)
  12. Orange Hello Future – Datacenters : pourquoi et comment refroidir les usages liés à l’IA (hellofuture.orange.com)
  13. Dell Technologies – Refroidissement par immersion (dell.com)
  14. 2CRSi – Comment fonctionne l’immersion cooling (2crsi.com)
  15. Channel News – Plus d’un tiers des centres de données prévoient de déployer un refroidissement liquide (channelnews.fr)
  16. Hypertec – Le refroidissement par immersion : la voie de la durabilité (hypertec.com)
  17. Grand View Research – Data Center Liquid Cooling Market (grandviewresearch.com)
  18. insideHPC – Report: Data Center Liquid Cooling Market to Grow at 52% CAGR (insidehpc.com)
  19. Vertiv – Options de refroidissement liquide pour les datacenters (vertiv.com)

redaction

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *