Une grève qui dure et qui évolue
Le conseil de l'ordre a depuis voté une transition vers une grève "perlée" : une à deux journées de défenses massives par semaine au lieu d'une mobilisation quotidienne. La suspension des désignations d'office pour les audiences de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) est maintenue. Sans avocat désigné, ces audiences ne peuvent se tenir.
"On ne relâche pas la grève, mais on désescalade pour préserver la relation entre avocats et magistrats", explique le bâtonnier de Paris Louis Degos à BFMTV. Il prévient néanmoins : "Si on s'aperçoit que ça ne va pas dans le bon sens, ça va reprendre de plus belle."
Quel lien avec les projets data ?
Le coeur de la contestation porte sur le projet de loi dit "SurE", qui prévoit notamment une procédure de jugement des crimes reconnus assimilable à un plaider-coupable, vivement dénoncée par les barreaux comme une menace sur les droits de la défense et le jury populaire. Les dossiers civils et commerciaux sont également touchés par des demandes de renvoi systématiques.
Pour les acteurs du marché des datacenters à Paris en 2026, ce ralentissement de la justice parisienne n'est pas anodin. Contentieux contractuels liés à des acquisitions foncières, recours contre des autorisations d'urbanisme, litiges environnementaux autour des permis de construire : tous ces dossiers transitent par les tribunaux parisiens. Dans un contexte où l'Assemblée nationale examine en urgence le texte encadrant l'implantation des datacenters en France, les retards judiciaires ajoutent une couche d'incertitude supplémentaire.
Les audiences ont parfois duré jusqu'à 4 heures du matin en raison des défenses massives. Cette désorganisation des tribunaux civils peut allonger de plusieurs mois les procédures pour des entreprises qui attendent un jugement commercial ou une décision administrative. Pour les opérateurs qui suivent les 352 sites recensés en Île-de-France, tout contentieux bloqué chez un fournisseur, un bailleur ou un prestataire peut retarder une mise en service.
Les suites à surveiller
L'avocat Florian Godest Le Gall, ancien secrétaire de la conférence du barreau de Paris, exprime une inquiétude partagée : "La conséquence directe, c'est de donner l'impression d'une démobilisation de la profession, alors que le sujet commence à percer dans l'actualité." Le bâtonnier Degos, lui, conditionne clairement l'avenir du mouvement à l'évolution des amendements à l'Assemblée nationale.
Le garde des Sceaux Gérald Darmanin est présenté comme un interlocuteur possible : "Il a la culture du deal", indique Louis Degos. Des négociations restent donc ouvertes, mais la profession demeure sur le pied de guerre. Pour les directions juridiques des opérateurs et hyperscalers implantés dans la capitale, il sera utile de suivre l'avancement du texte au Parlement dans les prochaines semaines, au même titre que les évolutions réglementaires propres au secteur, comme les critères de certification pour les datacenters en 2026.