Une directive détournée par le lobbying des Big Tech
Mais un acte délégué de mars 2024, pris dans la continuité de cette directive, a tout changé. Les grands acteurs du numérique ont obtenu que plusieurs indicateurs clés soient soustraits à la transparence publique au nom du secret commercial et des secrets d'affaires. Une dizaine de juristes interrogés par Investigate Europe estiment que ces modifications pourraient violer la Convention d'Aarhus, qui garantit le droit d'accès à l'information en matière d'environnement.
Des données stratégiques désormais hors de portée du public
Les indicateurs concernés sont pourtant fondamentaux pour évaluer l'impact environnemental réel des infrastructures numériques. Parmi eux figurent le niveau de redondance des systèmes électriques et de refroidissement, les types de réfrigérants utilisés, la capacité moyenne des batteries, l'apport total en eau potable ou encore la consommation totale d'énergie renouvelable.
Ces chiffres ne sont désormais plus accessibles qu'au niveau agrégé, à l'échelle de l'Union européenne et des États membres, ce qui rend impossible toute analyse site par site. Pour les citoyens, les collectivités locales ou les associations environnementales, il devient pratiquement impossible de savoir ce que consomment réellement les grandes installations numériques implantées sur leur territoire. Le contexte est d'autant plus préoccupant que, comme le rappelle le débat législatif en France, l'Assemblée nationale examine en urgence un texte encadrant l'implantation des datacenters, preuve que la pression démocratique monte sur ce secteur.
Une opacité qui contraste avec les ambitions climatiques affichées
Cette opacité tranche avec les engagements de transparence que les Big Tech affichent publiquement dans leurs rapports RSE. Elle intervient à un moment où les besoins en énergie des infrastructures numériques explosent, portés notamment par l'intelligence artificielle. Des projets comme le méga-datacenter de Mistral AI de 44 MW près de Paris illustrent l'ampleur des puissances désormais en jeu.
Pour les acteurs franciliens déjà soumis à un cadre réglementaire renforcé, cette bataille menée à Bruxelles crée une asymétrie d'information difficile à justifier. Les autorités européennes devront désormais trancher entre les intérêts commerciaux des géants du numérique et le droit fondamental des citoyens à connaître l'impact environnemental des infrastructures qui structurent leur quotidien.