Un moratoire inédit jusqu'en 2027
Le texte prévoit aussi la création d'un conseil de coordination chargé d'évaluer les effets de ces installations sur le réseau électrique, l'environnement et les factures des habitants, avant toute levée éventuelle du moratoire. Le Maine affiche en effet l'une des plus fortes hausses des tarifs résidentiels d'électricité du pays ces dernières années.
Ce vote n'est pas une surprise totale. Fin 2025, deux villes de l'État avaient déjà rejeté des projets de centres de données dont les promoteurs étaient accusés d'avoir dissimulé l'ampleur réelle de leur consommation en eau et en électricité.
Un signal pour onze autres États américains
La décision du Maine dépasse largement ses frontières. Elle donne un signal concret à onze autres États américains qui examinent actuellement des textes similaires. À l'échelle nationale, les dépenses de construction de datacenters ont été décuplées en deux ans, alimentant une contestation politique croissante contre les projets d'infrastructure des géants technologiques.
Cette dynamique n'est pas sans rappeler les propositions portées au Congrès américain. Des élus comme Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez avaient déjà défendu l'idée d'un projet de loi fédéral pour un moratoire sur les datacenters IA, qui avait agité la Silicon Valley. Le Maine franchit aujourd'hui le pas au niveau d'un État fédéré, une première aux États-Unis.
Un débat qui traverse aussi l'Europe
La tension entre développement des datacenters et maîtrise des ressources énergétiques n'est pas propre aux États-Unis. En France, douze associations ont récemment alerté sur la loi de simplification et ses effets sur la souveraineté numérique, notamment autour de son article 15 destiné à faciliter l'implantation de centres de données. Le Parlement français a lui aussi légiféré en urgence, avec un texte encadrant l'implantation des datacenters en France qui suit une trajectoire inverse : faciliter leur construction pour ne pas rater le virage de l'IA.
Le contraste est saisissant. D'un côté, des États américains freinent pour protéger leurs réseaux électriques et leurs habitants. De l'autre, des pays européens accélèrent les procédures pour attirer les investissements. L'équilibre entre souveraineté numérique, impact environnemental et compétitivité économique reste au cœur du débat des deux côtés de l'Atlantique.