Un logiciel espion au service des modèles d'IA
L'objectif déclaré est précis : fournir aux modèles d'IA des exemples concrets de navigation logicielle. Les systèmes actuels peinent encore à reproduire des gestes aussi simples que la navigation dans des menus déroulants ou l'utilisation de raccourcis clavier.
Dans des notes internes, Meta assure que ces données ne seront pas utilisées pour évaluer les performances individuelles. Elles sont strictement réservées à l'entraînement de ses grands modèles de langage (LLM).
De l'"AI for Work" à l'"Agent Transformation Accelerator"
Selon nos confrères de ZDNet, cette initiative s'inscrit dans une restructuration plus large de la stratégie interne de Meta. Le programme, initialement appelé "AI for Work", a été rebaptisé "Agent Transformation Accelerator" (ATA).
Andrew Bosworth, directeur technique de Meta, a exposé la vision à long terme dans une note séparée : "La vision vers laquelle nous tendons est celle où nos agents effectuent principalement le travail et où notre rôle est de les diriger, de les réviser et de les aider à s'améliorer." Andy Stone, porte-parole de Meta, justifie la démarche : "Si nous construisons des agents pour aider les gens à accomplir des tâches quotidiennes, nos modèles ont besoin d'exemples réels de la façon dont les gens les utilisent vraiment."
Pareekh Jain, CEO de Pareekh Consulting, résume l'enjeu : "L'initiative de Meta marque un passage de l'automatisation de tâches distinctes à la reproduction de flux de travail humains entiers en tirant des enseignements du comportement réel des employés."
Un déploiement juridiquement impossible en Europe
Cette stratégie technologique place Meta face à un obstacle majeur hors des États-Unis. Des experts juridiques cités par ZDNet soulignent que l'enregistrement des frappes clavier est strictement encadré, voire interdit, par le RGPD et les législations nationales en Italie et en Allemagne, sauf suspicion de crime grave.
Aux États-Unis, en revanche, la surveillance des salariés en col blanc ne connaît que peu de limites fédérales. Meta n'est pas seul sur ce terrain : Anthropic a déjà présenté ses capacités d'utilisation des ordinateurs et OpenAI a lancé son agent Operator en 2025. L'ensemble du secteur technologique s'oriente vers des agents capables d'agir sur des logiciels en lieu et place des utilisateurs.
Chiffres clés
- 71% des dirigeants français prévoient de soutenir leurs effectifs avec des agents IA dans les 12-18 prochains mois (Baromètre Work Trend Index 2025, Microsoft)
- 35% des dirigeants français déclarent déjà utiliser des agents IA pour automatiser entièrement des flux de travail (Baromètre Work Trend Index 2025, Microsoft)
- 10% des entreprises françaises (≥10 salariés) avaient adopté l'IA en 2024, taux montant à 33% pour les entreprises de 250 salariés et plus (INSEE TIC 2024)
- 166 000 offres d'emploi IA publiées en France en 2024, soit +252% depuis 2019, avec des salaires 56% supérieurs à la moyenne nationale (INSEE TIC 2024)
- Environ un quart des salariés français utilisent déjà l'IA au travail, avec un impact notable sur l'emploi des 15-29 ans en 2025 (INSEE TIC 2024)
Source: lemondeinformatique.fr